Sur le terrain, la question ne se pose plus en termes de « si » mais de « quand ». Un aide-soignant en EHPAD qui prépare un pilulier sous protocole, un autre en service de médecine qui trace ses observations dans le dossier de soins informatisé : ces situations existent déjà.
L’arrêté du 26 février 2025 leur donne un cadre réglementaire, et la bascule vers le nouveau référentiel impose de valider chaque bloc de compétences avant de pratiquer ces actes seul. Voici ce qu’il faut concrètement cocher avant 2026.
A découvrir également : Les compétences indispensables à valoriser dans un CV d'aide-soignante
Habilitation par bloc de compétences : le mécanisme que les fiches de poste ne montrent pas
La plupart des articles sur les nouveaux actes aide-soignant listent les gestes autorisés. On passe rarement du temps sur la mécanique d’habilitation qui conditionne leur exercice.
Le règlement intérieur 2026-2027 de l’IFAS du CHU de Clermont-Ferrand formalise un suivi par cinq blocs de compétences, et non plus par modules isolés. La non-validation d’un bloc déclenche un rattrapage ciblé sur les compétences manquantes, y compris celles liées aux nouveaux actes de soins.
A lire aussi : Les compétences essentielles à acquérir pour travailler dans le tourisme
En pratique, cela signifie qu’on ne peut plus compenser une lacune sur un geste technique par une bonne note en communication. Chaque bloc fonctionne comme un verrou : tant qu’il n’est pas validé, les actes qui en dépendent restent interdits en autonomie.
Double validation théorie et pratique
Plusieurs établissements et organismes de formation continue (IFSanté Chartres, par exemple, dans son catalogue 2026) organisent leurs sessions d’actualisation autour de mises en situation simulées couplées à des grilles d’évaluation pratiques. La validation repose sur deux piliers : un volet théorique (protocoles, cadre réglementaire) et un volet pratique (simulation, observation en stage).
Pour les aides-soignants déjà diplômés avant 2021, cette double validation n’est pas optionnelle. Elle conditionne l’accès aux actes élargis. Sans elle, l’établissement ne peut pas tracer l’habilitation dans le dossier professionnel.

Actes de soins techniques sous protocole : ce qu’on doit réellement maîtriser
Le périmètre élargi ne transforme pas l’aide-soignant en infirmier. On reste dans un cadre de collaboration, sous protocole établi par l’équipe infirmière. La nuance tient dans le niveau d’autonomie sur l’exécution.
Parmi les compétences à valider concrètement, on retrouve des gestes qui étaient auparavant dans une zone grise :
- La participation à la distribution de médicaments selon un protocole prédéfini, avec traçabilité de chaque administration dans le dossier de soins
- La réalisation de soins techniques courants (pansements simples, pose de bas de contention, surveillance de paramètres vitaux avec interprétation protocolisée)
- La contribution écrite au dossier de soins, avec des observations structurées transmises à l’infirmier référent
- L’évaluation de la douleur à l’aide d’échelles validées et la remontée d’alerte selon des seuils définis par le protocole
Sur chacun de ces points, la compétence attendue n’est pas seulement gestuelle. On attend une capacité à identifier les limites de son intervention et à déclencher le relais infirmier au bon moment.
Traçabilité dans le dossier de soins
C’est probablement le point qui génère le plus de résistance sur le terrain. Beaucoup d’aides-soignants transmettaient leurs observations à l’oral. Le nouveau cadre exige une contribution écrite et structurée au dossier patient.
Cela suppose de maîtriser l’outil informatique utilisé dans l’établissement, de connaître les items à renseigner et de distinguer une observation pertinente d’une note générique. Les formations d’actualisation intègrent désormais des ateliers sur ce volet documentaire.
Financements régionaux et priorités ARS : un accès inégal à la formation
Les Agences régionales de santé commencent à conditionner les financements de formations d’actualisation aux besoins territoriaux identifiés dans les Ségur de la santé. En clair, toutes les formations ne sont pas financées partout de la même manière.
Les priorités varient selon les territoires : gériatrie et soins de maintien à domicile dans les régions à forte proportion de population âgée, handicap dans d’autres. Un aide-soignant en zone rurale n’aura pas forcément accès au même catalogue de formation qu’un collègue en CHU urbain.
Les retours varient sur ce point. Certains établissements ont déjà planifié leurs sessions de formation en interne, d’autres attendent les arbitrages budgétaires de l’ARS pour lancer le processus. Le risque concret : arriver en 2026 sans avoir validé les blocs nécessaires faute de place disponible dans les sessions financées.
Anticiper son inscription
Si l’établissement ne propose rien, on peut solliciter directement un organisme agréé. Le catalogue 2026 d’IFSanté Chartres, par exemple, propose des sessions de trois jours centrées sur l’actualisation des compétences aide-soignant, avec simulation et évaluation finale.
La prise en charge peut passer par le plan de développement des compétences de l’employeur, par l’OPCO Santé, ou par le CPF selon les cas. L’enjeu est de ne pas attendre le dernier trimestre 2025 pour s’inscrire.

Check-list pratique : compétences à valider avant 2026
Pour transformer tout cela en outil concret, voici les points à vérifier poste par poste :
- Bloc soins techniques : maîtrise des gestes élargis sous protocole, validation pratique en simulation ou en stage
- Bloc observation et transmission : capacité à rédiger des observations structurées dans le dossier de soins informatisé
- Bloc collaboration équipe : connaissance des seuils d’alerte et des circuits de relais vers l’infirmier
- Bloc prévention : évaluation de la douleur, repérage des signes de dégradation, actions de prévention protocolisées
- Volet administratif : attestation de formation d’actualisation, traçabilité de l’habilitation dans le dossier professionnel
Chaque item correspond à une compétence vérifiable. L’objectif n’est pas de tout cocher en une session, mais de planifier les formations manquantes sur les prochains mois.
Le calendrier est serré. Les établissements qui ont anticipé la réforme ont déjà intégré ces validations dans leurs plans de formation 2025-2026. Pour les autres, chaque mois de retard réduit les options de financement et de disponibilité. Le plus efficace reste de prendre contact avec le service formation de son établissement ou directement avec un IFAS proposant l’actualisation des compétences, sans attendre la rentrée de septembre.

